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Un caviardage raté dévoile la consommation d'un centre de données de Google au Nebraska : 52,65 mégawatts et 49,2 millions de litres d'eau par an,
L'entreprise aurait rasé une zone forestière en Finlande

Le , par Mathis Lucas

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Les Big Tech font face à de vives critiques concernant l'impact environnemental de leurs centres de données. Google est accusé d'avoir détruit une vaste zone forestière en Finlande pour implanter un centre de données avant la fin des évaluations écologiques. En outre, des documents divulgués au Nebraska révèlent la consommation réelle des installations de Google, et les importants avantages fiscaux dont l'entreprise devrait bénéficier. De son côté, Microsoft essuie des critiques acerbes pour ses concepts architecturaux prétendument écologiques. Ils sont jugés superficiels et inefficaces en raison de leur dépendance énergétique polluante.

Les Big Tech affichent régulièrement leurs engagements écologiques, à l'instar de Google dont le site dédié à la durabilité proclame « Rendre l’IA utile à tous, y compris à la planète ». Toutefois, l'essor massif des centres de données nécessaires à l'IA suscite de nombreuses craintes quant à leur impact réel sur l'environnement. Certaines populations locales s'opposent à l'implantation de ces infrastructures informatiques dans leurs communautés.

Google est cœur d'une nouvelle polémique après de récentes révélations. En Finlande, le projet de centre de données de Google est accusé d'avoir détruit 300 hectares de forêt, soit l'équivalent d'environ 500 terrains de football, avant même qu'une évaluation d'impact environnemental ne soit terminée.

À partir d'images satellites, Hanna Halmeenpää, présidente de l'Association finlandaise pour la conservation de la nature, a souligné que « des sites naturels qui devraient être protégés ont eux aussi été abattus ». Et Google n'est pas la seule entreprise concernée. Amazon, Meta, Oracle et d'autres opérateurs de centres de données font face à une contestation croissante en raison de l'impact environnement catastrophique de leurs infrastructures.

Les efforts de Microsoft pour intégrer ses centres de données dans le paysage local en réhabilitant des zones humides et des jardins ont suscité des critiques selon lesquelles ces projets ne font que masquer les effets négatifs de ces installations. Adrian Shelley, directeur pour le Texas de Public Citizen, a qualifié ces démarches de simple maquillage, rappelant que ces installations sont alimentées par des centrales à gaz polluants situées à proximité.

Selon lui, aucun niveau projet écologique ne peut faire d'une centrale à gaz un voisin souhaitable. Les propres estimations de Microsoft montrent d'ailleurs une hausse de 25 % de ses émissions en 2025, causée principalement par l'expansion de ses centres de données. En réaction, les riverains et citoyens se mobilisent contre ces installations en dénonçant les nuisances sonores, le non-respect des espaces verts et la dégradation de leur cadre de vie.

Consommation de ressources et incitations fiscales au Nebraska

Aux États-Unis, la transparence sur l'empreinte énergétique des centres de données fait l'objet de débats intenses. Au Nebraska, un décret oblige ces installations à déclarer chaque année leur impact sur l'eau, le réseau électrique et les infrastructures locales. Google a tenté de masquer ces données pour ses sites de Lincoln, Papillion et Omaha au nom du secret commercial, mais des erreurs de caviardage informatique ont révélé les chiffres réels.


D'après les documents divulgués, le centre d'Agate LLC à Lincoln déclare une demande électrique de pointe de 52,65 mégawatts et une consommation annuelle de 49,2 millions de litres d'eau, soit de quoi remplir environ 20 piscines olympiques. À l'échelle de l'État du Nebraska, les six centres de données ayant soumis leur rapport comptabilisent 2,89 milliards de litres d'eau utilisés sur un an, ce qui équivaut à plus de 1 159 piscines olympiques.

L'installation la plus gourmande est le site Fireball Group LLC de Google à Papillion, avec 2,07 milliards de litres d'eau. Le caviardage défectueux a aussi mis en lumière d'importantes demandes de remboursement d'impôts sur les ventes dans le cadre du Nebraska Advantage Act. Agate LLC anticipe un remboursement de 56 millions de dollars pour 2025, Fireball LLC attend 40 millions et Westwood Solutions LLC à Omaha sollicite environ 23 millions.

Le site d'Agate LLC couvre par ailleurs une superficie brute de 2,68 hectares, soit l'équivalent de cinq terrains de football. Selon certains critiques, peut-être que ces cas où les Big Tech semblent étrangement indifférents aux questions environnementales ne devraient pas nous surprendre outre mesure. Après tout, des entreprises comme Google et Microsoft sont cotées en bourse et doivent avant tout rendre des comptes à leurs actionnaires.

De nombreux citoyens s'opposent à la ruée vers l'IA et à l'expansion des centres de données qui l'accompagne. Au Texas, par exemple, Pamela Griffin, de nombreux citoyens de la ville de Taylor s'opposent à un projet visant à transformer un terrain situé près de leurs habitations en centre de données, arguant qu'un acte notarié de 1999 réservait cet espace à un usage de parc. Selon eux, cette disposition n'a pas été respectée par ce projet.

La stratégie très controversée de blanchiment d'image d'Amazon

Amazon a récemment annoncé un engagement de plus d'un milliard de dollars sur cinq ans destiné aux collectivités riveraines de ses centres de données aux États-Unis. Le géant du cloud s’est engagé à remédier à leurs impacts sur la consommation d’électricité et d’eau. Toutefois, l'association Stand.Earth critique vivement cette initiative qu'elle qualifie de simple opération de contrôle des dégâts. Le géant du cloud est accusé d'écoblanchiment.


Selon Matt Garman, PDG d'Amazon Web Services (AWS), les communautés riveraines de leurs installations décideront elles-mêmes de « la répartition de ces fonds entre l'éducation, la formation professionnelle, l'abordabilité de l'énergie, la préservation de l'eau et de l'énergie, et d'autres priorités locales ».

Amazon promet également que l'implantation de ses infrastructures n'entrainera pas de hausse des factures d'électricité ni d'épuisement des approvisionnements locaux en eau. La firme affirme viser un bilan positif en eau d'ici 2030, tout en assurant que trois quarts de ses projets atteignent déjà cet objectif. En outre, Amazon met fin à l'usage des accords de confidentialité controversé lors de la construction de ses nouveaux centres de données.

Cette initiative a été saluée pour le gain de transparence qu'elle apporte. Selon un article de blogue publié vendredi par Matt Garman, l’entreprise a déjà investi plus d’un milliard de dollars dans les collectivités accueillant un grand nombre de centres de données au cours des trois dernières années. Cependant, les critiques des centres de données affirment que ces mesures sont très loin de compenser les retombées négatives des centres de données.

Face à ces annonces, Stand.Earth accuse Amazon de diffuser de la « propagande d'entreprise » et de mener une « tentative désespérée de limiter les dégâts » causés par le développement de ses infrastructures. Le groupe de défense de l'environnement reproche à Amazon de taire son soutien à une centrale au gaz à Pecos, au Texas, qui deviendrait la première source de pollution climatique du pays avec 33 millions de tonnes de rejets par an.

Stand.Earth conteste également la version d'Amazon selon laquelle « les générateurs de secours restent presque toujours inactifs », rappelant que certaines installations ont tourné au diesel plusieurs jours de suite. Enfin, l'ONG rappelle que l'aide d'un milliard de dollars sur cinq ans représente « une goutte d'eau dans la mer » au regard des 220 milliards de dollars qu'Amazon investit dans les centres de données pour la seule année 2026.

Désastre sanitaire causé par les centres de données dédiés à l'IA

Une étude a quantifié ces impacts en dollars via des indicateurs comme le coût social du carbone, mesurant le préjudice économique de chaque tonne de CO2 émise. Il en résulte que le coût réel des centres de données dépasse largement leur prix d'achat. Il ne s'agit pas d'argent, mais de la santé des personnes vivant à proximité. En 2025, les dommages environnementaux causés par les centres de données ont coûté 25 milliards de dollars à l'économie.

Environ 3,7 milliards sont directement liés aux activités d'IA menées dans ces centres. Selon le rapport de l'étude, ce coût représente une externalité, c'est-à-dire une conséquence indirecte de l'activité économique qui impose des coûts à des tiers n'étant pas directement impliqués dans l'activité initiale.

Ces chiffres ne correspondent pas à des dépenses médicales directes ou à des impôts, mais reflètent la valeur économique attribuée à la réduction de l'espérance de vie et aux décès prématurés causés par l'impact environnemental de ces installations. L'auteur indique : « en ce qui concerne la consommation électrique des centres de données, les coûts externes liés à la production d’électricité sont supportés par les consommation exposés aux PM2,5 ».

Il fait notamment référence aux particules fines inhalables qui peuvent présenter de graves risques pour la santé des communautés locales, notamment des maladies pulmonaires, des troubles cardiaques et, dans certains cas, des taux plus élevés de mortalité prématurée. « L'impact des gaz à effet de serre, quant à lui, se manifeste sur le long terme et représente donc une externalité supportée par les générations futures », a expliqué l'auteur.

Sources : dépôt légal, Microsoft

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