Les centres de données causent des dommages cachés à l'environnement et à la santé publique, ce qui coûte 25 milliards de dollars à l'économie chaque annéemais de nouveaux projets continuent de voir le jour
L'expansion fulgurante des centres de données pour l'IA génère des coûts environnementaux et sanitaires occultes s'élevant à 25 milliards de dollars par an. La consommation électrique massive de ces infrastructures entraîne une pollution atmosphérique accrue, provoquant des maladies graves et une mortalité prématurée au sein des populations locales. Les craintes des communautés locales portent également des sujets quotidiens tels que l'emploi, le coût des soins de santé, les factures d'énergie, etc. De plus en plus de voix appellent à un moratoire sur la construction de nouveaux centres de données, bien que 40 % des chantiers prennent du retard.
En Amérique du Nord, les centres de données dédiés à l'IA ont bénéficié l'an dernier d'investissements colossaux évalués à 47 milliards de dollars, couvrant l'ensemble des infrastructures, des systèmes de refroidissement à la plomberie. Les géants de la technologie tels que Google et Meta ont contracté 182 milliards de dollars de prêts l'année dernière afin de financer leurs dépenses somptuaires, soit le double de ce qu'ils avaient emprunté en 2024.
Les centres de données ont un impact environnemental considérable, notamment en termes de consommation d'eau, de terres et d'électricité. Selon une étude du National Bureau of Economic Research (NBER), ce coût pourrait également avoir des répercussions directes sur les habitants de la région et leur santé.
L'analyse porte sur quelque 2 800 centres de données en activité et a été réalisée par Nicholas Muller, économiste à l’université Carnegie Mellon. Nicholas Muller a suivi les besoins en électricité des centres de données au cours de l’année dernière et a déterminé le volume de pollution atmosphérique et de gaz à effet de serre supplémentaires générés par les réseaux électriques locaux pour répondre à la demande croissante de ces infrastructures.
La pression de ces infrastructures sur les ressources en eau
Il y aurait plus de 10 000 centres de données à travers le monde. L'IA étant à l'origine d'une forte augmentation de l'activité en ligne, ce nombre augmente rapidement. Et avec eux, de plus en plus de plaintes de la part des riverains. Selon un rapport du groupe Data Center Watch, 64 milliards de dollars de projets ont été retardés ou bloqués aux États-Unis en raison de nombreuses préoccupations, notamment la pression sur les ressources en eau.
« Ce sont des processeurs très chauds. Il faut beaucoup d'eau pour les refroidir », a déclaré Mark Mills, du National Center for Energy Analytics, lors de son témoignage devant une commission du Congrès américain en avril dernier. De nombreux centres de données utilisent des systèmes de refroidissement par évaporation, où l'eau absorbe la chaleur qui s'échappe et s'évapore - de la même manière que la sueur évacue la chaleur de notre corps.
Lors des journées chaudes, un seul centre de données peut utiliser des millions de litres d'eau. Une étude estime que les centres de données pilotés par l'IA pourraient consommer environ 6 435 milliards de litres d’eau dans le monde d'ici à 2027. Selon les observateurs, peu d'endroits illustrent cette tension aussi clairement que la Géorgie, l'un des marchés des centres de données qui connaissent la croissance la plus rapide aux États-Unis et dans le monde.
Son climat humide offre une source d'eau naturelle et plus rentable pour le refroidissement des centres de données, ce qui la rend attrayante pour les promoteurs. Les entreprises affirment que leurs installations respectent des normes environnementales strictes et rapportent des millions de dollars en recettes fiscales locales. Cependant, les experts de l'environnement s'inquiètent de l'impact négatif de la pression croissante sur les ressources en eau.
L'ampleur du désastre sanitaire lié aux centres de données
L'auteur a quantifié ces impacts en dollars via des indicateurs comme le coût social du carbone, mesurant le préjudice économique de chaque tonne de CO₂ émise. Il en résulte que le coût réel des centres de données dépasse largement leur prix d'achat. Il ne s'agit pas d'argent, mais de la santé des personnes vivant à proximité. En 2025, les dommages environnementaux causés par les centres de données ont coûté 25 milliards de dollars à l'économie.
Environ 3,7 milliards sont directement liés aux activités d'IA menées dans ces centres. Selon le rapport de l'étude, ce coût représente une externalité, c'est-à-dire une conséquence indirecte de l'activité économique qui impose des coûts à des tiers n'étant pas directement impliqués dans l'activité initiale.
Ces chiffres ne correspondent pas à des dépenses médicales directes ou à des impôts, mais reflètent la valeur économique attribuée à la réduction de l'espérance de vie et aux décès prématurés causés par l'impact environnemental de ces installations. L'économiste ajoute : « en ce qui concerne la consommation électrique des centres de données, les coûts externes liés à la production d’électricité sont supportés par les consommation exposés aux PM2,5 ».
Nicholas Muller fait référence aux particules fines inhalables qui peuvent présenter de graves risques pour la santé des communautés locales, notamment des maladies pulmonaires, des troubles cardiaques et, dans certains cas, des taux plus élevés de mortalité prématurée. « L'impact des gaz à effet de serre, quant à lui, se manifeste sur le long terme et représente donc une externalité supportée par les générations futures », a expliqué l'économiste.
Un « mirage économique » pour les communautés locales
Aux États-Unis, de nombreux comtés et villes se sont livrés à une concurrence acharnée ces dernières années pour attirer dans leurs communes les investissements liés aux centres de données. Outre la création immédiate d’emplois pour les artisans, notamment les ouvriers du bâtiment, les électriciens et les plombiers, les collectivités locales ont également été séduites par les recettes fiscales impressionnantes que ces infrastructures laissent entrevoir.
Entre les impôts fonciers et ceux sur les équipements (parcs de serveurs, onduleurs, etc.), les centres de données sont de plus en plus souvent le premier contribuable local. L'année dernière, un rapport du PwC a révélé que la contribution totale du secteur des centres de données aux recettes publiques est passée de 66,2 milliards de dollars en 2017 à 162,7 milliards de dollars en 2023. Ce montant comprend les impôts fédéraux, étatiques et locaux.
Cependant, les promesses de retombées économiques généralisées pour les municipalités accueillant ces centres de données ne se concrétisent pas toujours comme prévu. Si le secteur contribue de manière importante aux recettes fiscales globales, passant de 66,2 milliards de dollars en 2017 à 162,7 milliards en 2023, ces bénéfices sont souvent annulés par des incitations fiscales extrêmement généreuses accordées aux promoteurs.
Les données récentes de Good Jobs First, dans au moins dix États américains, les exonérations fiscales représentent plus de 100 millions de dollars de pertes annuelles pour les municipalités, sans générer d'emplois durables, alimentant une concurrence entre collectivités. Le rapport souligne que, parmi les dizaines d’États qui offrent actuellement des incitations fiscales aux centres de données, seuls 14 ne divulguent pas leurs pertes de recettes.
Les résidents sont de plus en plus hostiles aux datacenters
Les collectivités locales doivent faire face à une opinion publique de plus en plus défavorable à l'égard des centres de données. Pour de nombreux Américains, ces installations sont responsables des hausses tarifaires de plusieurs milliards de dollars demandées l'année dernière par les fournisseurs d'électricité. Cette hausse tarifaire s'explique par plusieurs facteurs, dont l'entretien d'un réseau vieillissant, antérieur à l'essor des infrastructures de l'IA.
Toutefois, les centres de données gigantesques pour l'IA sont devenus la tête de Turc dans la crise généralisée de l'accessibilité financière que traverse les États-Unis. L'analyse de l'économiste Nicholas Muller n'est pas la seule à tenter de mettre au jour les coûts cachés de ces installations énergivores.
Selon l'organisation à but non lucratif Piedmont Environmental Council, les émissions générées par un seul centre de données du nord de la Virginie, qui utilise une production d'électricité sur site, pourraient coûter entre 53 et 99 millions de dollars par an en dommages sanitaires. Cette installation est située dans ce qu’on appelle la « data center alley », une agglomération dense d’environ 200 installations dans une région très peuplée de l’État.
Les habitants ont fait part de leurs inquiétudes face à cette expansion massive, invoquant une pollution sonore excessive et des factures d’électricité qui ont augmenté de plus de 250 % dans les quartiers proches des centres de données. La concentration géographique des centres de données fait que des indicateurs tels que les coûts liés à la santé publique ou à l'environnement ont tendance à varier considérablement d'un État (ou région) à l'autre.
Selon Nicholas Muller, la Virginie et le Texas représentent à eux deux environ 30 % des 25 milliards de dollars de coûts de santé liés à cette expansion, ce qui signifie que la forte concentration de centres de données dans ces États est responsable d'une part importante des coûts supportés par la santé publique.
Coûts sociaux : l'avenir incertain face aux promesses de l'IA
L'acceptabilité des coûts sociaux dépendra en grande partie de la capacité de l'IA à transformer réellement l'économie mondiale. Selon les calculs de l'économiste Nicholas Muller, si l'IA parvient à générer une hausse de 1 % du PIB, les coûts environnementaux ne représenteraient que 1 % de cette nouvelle richesse. Même avec un gain de PIB de seulement 0,1 % grâce à l'IA, cette externalité absorberait environ 12 % de la productivité générée.
Toutefois, pour l'instant, ces gains de productivité massifs restent théoriques et ne se sont pas encore manifestés concrètement dans l'économie globale. En l'absence de ce boom économique, les entreprises technologiques doivent faire face à un mécontentement croissant, d'autant plus que les prévisions suggèrent que les externalités environnementales négatives liées aux centres de données pourraient encore augmenter de 85 % à court terme.
Par ailleurs, les économistes avertissent que la course à l'offre d'incitations fiscales les plus attractives pour les exploitants de centres de données pourrait bien se transformer en une course vers le bas, car cette stratégie pourrait déjà faire perdre d'importantes sommes d'argent aux collectivités locales et aux États.
La montée des moratoires et de l'opposition politique
Donald Trump a signé un décret obligeant les entreprises à payer leurs factures d’électricité. Ce décret visait à répondre aux inquiétudes des communautés qui s’opposent de plus en plus à toute construction de centres de données susceptible de faire grimper les coûts de l’électricité dans les zones voisines de ces installations. En janvier dernier, Microsoft s'est engagé à payer l'intégralité des coûts d'électricité de ses nombreux centres de données énergivores.
Cependant, Donald Trump semble perdre rapidement du terrain sur ce front également, car les craintes des communautés, qui vont au-delà des coûts des services publics, contribuent à faire gagner du terrain aux moratoires sur la construction de centres de données aux niveaux local, régional et national.
Le projet de loi a fixé des conditions strictes pour lever le moratoire s'il est adopté. Parmi ces conditions figure une garantie nationale assurant que « l’IA n’entraîne pas d’augmentation des prix de l’électricité ou des services publics, ne porte pas préjudice aux communautés et ne détruit pas l’environnement ». Les appels à mettre un frein à l'expansion des centres de données dédiés à l'IA sont passés d'une tendance marginale à un mouvement de fond.
Selon Good Jobs First, qui suit de près le développement économique, environ 11 États américains envisagent désormais d'adopter un moratoire sur la construction. L'administration Trump privilégie une croissance rapide et sans entrave de l'IA, s'appuyant sur des comités consultatifs composés de dirigeants de grandes entreprises technologiques. Donald Trump a signé un décret destiné à instaurer un moratoire sur les lois étatiques sur l'IA.
Décalage entre promesses techniques et réalité économique
Il existe une déconnexion majeure entre les discours optimistes des dirigeants de la Silicon Valley et la situation financière réelle des citoyens. Les dirigeants promettent que l'IA augmentera la productivité et améliorera le niveau de vie de tous. Sam Altman a souvent prédit une ère de prospérité où « le travail deviendrait presque inutile ». Cependant, la réalité de 2026 est marquée par une inflation persistante et un sentiment de précarité économique.
Edward Zitron estime que « beaucoup de nouvelles technologies intégrant l’IA ne sont que des itérations d’outils déjà existants, habillés de marketing extravagant ». Ces produits sont présentés comme révolutionnaires alors qu’ils ne font rien de fondamentalement nouveau. L’industrie se concentre sur l’image et le battage médiatique plutôt que sur la création de valeur réelle. Il critique notamment le modèle de capital-risque et de l’investissement dans l’IA.
Edward Zitron est auteur, podcasteur et spécialiste des relations publiques anglais. Il est connu pour ses analystes critiques sur le secteur technologique, notamment l'essor de l'IA générative. Il dénonce le battage médiatique intense autour des entreprises spécialisées dans l'IA générative. D'après lui, le secteur de l'IA utilise les médias pour dissimuler une croissance des infrastructures nettement plus lente que ce qui est annoncé officiellement.
Les consommateurs perçoivent l'IA non pas comme une solution, mais comme un levier utilisé par les employeurs pour justifier des licenciements massifs et réduire les effectifs. En 2025, plus de 55 000 licenciements aux États-Unis ont été directement attribués à l'intégration de cette technologie, renforçant l'idée que l'IA sert avant tout les intérêts des entreprises au détriment des travailleurs. Tout cela alimente l'hostilité contre les leaders de la technologie.
Conclusion
L’avenir de l'industrie des centres de données repose sur un pari économique encore incertain : si l'IA parvient à déclencher une hausse significative de la productivité mondiale, ses bénéfices pourraient compenser les dommages collatéraux. Mais en l’absence d’une transformation concrète du PIB, les entreprises technologiques devront assumer la responsabilité d’une dégradation environnementale qui pourrait croître de 85 % prochainement.
La viabilité de ces infrastructures dépendra donc de leur capacité à produire une valeur réelle dépassant largement les coûts humains et climatiques qu'elles imposent actuellement à la société. Parallèlement, selon les experts, la stratégie actuelle des collectivités, consistant à attirer ces gigantesques projets par le biais d'incitations fiscales massives, semble s’apparenter à une course vers le bas qui prive les services publics de ressources essentielles.
Alors que les particules fines touchent les populations actuelles, les émissions de gaz à effet de serre constituent une dette écologique léguée aux générations futures. Selon les experts, une réévaluation des politiques publiques est nécessaire pour encadrer convenablement le développement technologique.
Sources : NBER, State of Global Air, PwC (PDF), Good Jobs First
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En attendant que l'IA tienne ses promesses, la dégradation de l'environnement pourrait croître de 85 %. Qu'en pensez-vous ?Voir aussi
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