Les émissions de gaz à effet de serre générées par l'essor des centres de données pourraient dépasser 129 millions de tonnes par ansoit l'équivalent des émissions d'un pays tel que le Maroc
Les Big Tech considèrent que la destruction de la planète est un compromis acceptable pour engranger des profits illimités. De nouveaux projets de construction de centres de données voient le jour malgré leurs impacts sur l'environnement. Leur consommation énergétique menace de provoquer une hausse massive des émissions de gaz à effet de serre. Afin de contourner les délais de raccordement aux réseaux électriques traditionnels, les Big Tech comme Meta et xAI construisent leurs propres centrales au gaz naturel. Mais ces infrastructures pourraient générer une pollution atmosphérique dépassant celle de nations entières.
D'après un nouveau rapport publié par Wired, plus de 3 000 nouveaux centres de données sont actuellement en projet ou déjà en construction rien qu'aux États-Unis. À eux seuls, onze centres de données, tous alimentés par des centrales à gaz et des générateurs, pourraient émettre plus de 129 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an, soit plus que l'ensemble du Maroc. Alors, quel serait l'impact de 300 fois le Maroc sur la planète ?
Une grande partie de l'énergie qui devrait être produite pour les projets de centres de données examinés proviendra d'installations en aval du compteur, c'est-à-dire de centrales qui alimentent uniquement le centre de données et contournent le réseau électrique général. Ces centrales dédiées sont devenues très populaires, face aux tensions sur le réseau général et au rejet du public lorsque les Big Tech font grimper les factures d'énergie locales.
Donald Trump a récemment signé un décret encourageant les entreprises à financer leurs propres infrastructures plutôt que de se raccorder au réseau (bien que ce décret n’ait rien de vraiment contraignant). Cependant, ces centrales dédiées, qui fonctionnent au gaz naturel, s'avèrent un désastre pour l'environnement.
Le désastre environnemental engendré par les centrales dédiées
Alors que les Big Tech se livrent à une course effrénée pour décrocher d’énormes contrats d’approvisionnement en électricité afin de construire des centaines de centres de données à travers le pays, ces projets ne représentent que la partie émergée de l’iceberg en ce qui concerne le coût climatique potentiel de l’essor de l’IA. Selon les analystes, les émissions de gaz à effet de serre pourraient atteindre un seuil critique dans un proche avenir.
Michael Thomas, fondateur du cabinet d'études sur les énergies propres Cleanview, suit de près les permis d'émission de gaz pour les centres de données à travers le pays. Il qualifie l'électricité « derrière le compteur » d'accélération folle des émissions. « C'est comme si nous pensions la révolution industrielle touchait à sa fin, avec l'abandon du charbon et du gaz, et qu’à présent, un nouveau pic surgissait soudainement », a-t-il expliqué.
« Cela m’effraie à bien des égards », a ajouté Michael Thomas. Selon le rapport, les projets de centres de données des grandes entreprises pourraient générer des émissions importantes. Cela inclut notamment 11,5 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an pour un seul projet Microsoft au Texas, et le projet Stargate, qui s'étend sur le Texas et le Nouveau-Mexique, qui devrait émettre plus de 24 millions de tonnes de CO2 chaque année.
La réserve, pour autant qu'il y en ait une, est que les chiffres relatifs aux émissions se concentrent sur ce que les entreprises ont été autorisées à émettre, et non nécessairement sur ce qu'elles émettent réellement. Mais les centres de données sont plus susceptibles que d'autres projets d'atteindre les limites maximales de ce qui leur est autorisé à mesure que la demande augmente. Et ce, à condition que ces acteurs respectent les plafonds fixés.
L'infrastructure de xAI rejette plusieurs agents cancérigènes
La société xAI du milliardaire Elon Musk a eu recours à des turbines à méthane dans son centre de données Colossus, situé à Memphis, dans le Tennessee, bien que l'entreprise n'ait pas obtenu les autorisations nécessaires. Le permis autorisait xAI à installer 15 turbines. Mais le Southern Environmental Law Center (SELC), un organisme juridique à but non lucratif, a révélé qu'au moins 24 turbines à gaz avaient été installées sur le site.
Selon les conditions du permis, xAI sera toujours autorisée à émettre d'énormes quantités de pollution, notamment 87 tonnes de NOx générateurs de smog, 94 tonnes de monoxyde de carbone, 85 tonnes de composés organiques volatils, 73 tonnes de particules et près de 14 tonnes de polluants atmosphériques très dangereux, dont 9,8 tonnes de formaldéhyde, un agent cancérigène connu. L'entreprise est tenue de tenir ses propres registres d'émissions.
Le permis, qui expirera le 2 janvier 2027, impose à l'entreprise d'Elon Musk d'installer et d'exploiter la meilleure technologie de contrôle disponible (BACT) d'ici au 1er septembre afin de garantir que les émissions ne dépassent pas certaines limites. Selon les autorités, tout manquement à cette obligation pourrait entraîner des mesures d'exécution de la part de l'Agence pour la protection de l'environnement ou du département de la Santé du comté de Shelby.
Mais les habitants de Memphis insistent pour que le ministère de la Santé enquête sur xAI en vue d'éventuelles mesures coercitives. Ils affirment que la société d'Elon Musk exploite depuis plus d'un an des dizaines de turbines sans tenir compte de la BACT, exposant ainsi les quartiers à prédominance noire situés à proximité du site - qui ont toujours souffert de la mauvaise qualité de l'air de l'industrie - à une nouvelle source majeure de pollution potentielle.
C'en est fini pour les promesses sur le zéro émission nette
Le campus Fermi au Texas prévoit des émissions annuelles pouvant atteindre 40,3 millions de tonnes de CO2, ce qui dépasse l'empreinte carbone totale de toutes les sources d'énergie de l'État du Connecticut. Par ailleurs, les infrastructures de xAI à Memphis et à Southaven, dans le Mississippi, génèrent quant à elles une pollution équivalente à celle de trente centrales électriques moyennes, illustrant la voracité énergétique de la course à l'IA.
Ce recours massif au gaz naturel met en lumière une hypocrisie flagrante de la part des Big Tech qui affichent pourtant des objectifs ambitieux de neutralité carbone. Les grandes sociétés comme Meta et Google, bien qu'elles revendiquent des réductions d'émissions significatives, continuent d'investir dans de multiples projets gaziers qui pourraient annuler une part importante de leurs progrès environnementaux déclarés.
L'argumentaire de l'industrie présente souvent le gaz naturel comme un « pont » nécessaire vers des énergies plus propres comme le nucléaire, mais cette transition reste hypothétique alors que les infrastructures polluantes sont, elles, bien réelles, plus accessibles et opérationnelles immédiatement. Par ailleurs, au-delà du climat, ces installations énergétiques imposent un lourd tribut aux communautés locales, souvent les plus vulnérables.
À Memphis, l'installation de turbines à gaz par xAI a provoqué des protestations au sein d'une communauté noire à faible revenu, inquiète de la pollution de l'air engendrée par ces machines. Cependant, les régulateurs ont continué d'accorder des permis pour de nouvelles installations de ce type. Les régulateurs privilégient en effet le développement technologique rapide au détriment de la santé publique et de la justice environnementale.
Impacts de ce revirement sur le climat et l'environnement
Plusieurs compagnies d'électricité retardent la mise à la retraite des centrales à charbon, malgré l'impact environnemental et climatique. La combustion continue du charbon affecte la qualité de l'air local à proximité des centrales électriques et entrave les efforts plus larges visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le groupe militant Greenpeace a qualifié le charbon de « moyen de production d'énergie le plus sale et le plus polluant ».
Les défenseurs de l'environnement avertissent que cela pourrait compromettre les objectifs climatiques des États-Unis, les émissions de charbon pouvant augmenter de 10 à 15 % dans les États clés d'ici 2026. Pourtant, pour les opérateurs, le calcul est simple : les modèles d'entraînement de l'IA exigent une alimentation électrique constante et ininterrompue que l'énergie solaire ou éolienne ne peut pas toujours garantir sans d'énormes batteries de secours.
L'impact environnemental s'étend à l'échelle mondiale. Sasha Luccioni a déclaré que les outils d'IA peuvent émettre plusieurs tonnes de CO2 par jour et ajoute que l'utilisation des chatbots d'IA générative comme outil de recherche en ligne pourrait avoir de graves conséquences sur l'environnement et le climat. « Je trouve particulièrement décevant que l'IA générative soit utilisée pour faire des recherches sur Internet », a déploré la scientifique au micro de l'AFP.
Un rapport de Morgan Stanley publié en 2024 prévoit que les centres de données émettront jusqu'à 2,5 milliards de tonnes de gaz à effet de serre dans le monde d'ici 2030, soit trois fois plus que les émissions qui auraient été produites sans le développement de la technologie d'IA générative.
L'ampleur du désastre sanitaire lié aux centres de données
Une étude a quantifié ces impacts en dollars via des indicateurs comme le coût social du carbone, mesurant le préjudice économique de chaque tonne de CO2 émise. Il en résulte que le coût réel des centres de données dépasse largement leur prix d'achat. Il ne s'agit pas d'argent, mais de la santé des personnes vivant à proximité. En 2025, les dommages environnementaux causés par les centres de données ont coûté 25 milliards de dollars à l'économie.
Environ 3,7 milliards sont directement liés aux activités d'IA menées dans ces centres. Selon le rapport de l'étude, ce coût représente une externalité, c'est-à-dire une conséquence indirecte de l'activité économique qui impose des coûts à des tiers n'étant pas directement impliqués dans l'activité initiale.
Ces chiffres ne correspondent pas à des dépenses médicales directes ou à des impôts, mais reflètent la valeur économique attribuée à la réduction de l'espérance de vie et aux décès prématurés causés par l'impact environnemental de ces installations. L'auteur indique : « en ce qui concerne la consommation électrique des centres de données, les coûts externes liés à la production d’électricité sont supportés par les consommation exposés aux PM2,5 ».
Nicholas Muller fait référence aux particules fines inhalables qui peuvent présenter de graves risques pour la santé des communautés locales, notamment des maladies pulmonaires, des troubles cardiaques et, dans certains cas, des taux plus élevés de mortalité prématurée. « L'impact des gaz à effet de serre, quant à lui, se manifeste sur le long terme et représente donc une externalité supportée par les générations futures », a expliqué l'auteur.
Conclusion
L'avenir de cette expansion technologique fait craindre un basculement structurel, transformant ce qui devait être une transition vers le renouvelable en un nouveau sommet de consommation d'énergies fossiles. Les experts redoutent que nous ne soyons qu'au début d'une escalade, où l'impact environnemental pourrait décupler si la tendance actuelle des entreprises technologiques à construire des infrastructures massives hors réseau se généralise.
Au-delà des chiffres, cette crise révèle une faille profonde dans la régulation et la philosophie de l'industrie, où la valeur marchande générée par les serveurs d'IA prime systématiquement sur le coût écologique de leur fonctionnement. Alors que les promesses de transition vers les énergies décarbonées servent souvent de prétexte, l'absence de garanties sur le démantèlement des installations gazières laisse craindre une pollution durable.
Alors que les particules fines touchent les populations actuelles, les émissions de gaz à effet de serre constituent une dette écologique léguée aux générations futures. Selon les experts, une réévaluation des politiques publiques est nécessaire pour encadrer convenablement le développement technologique.
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Que pensez-vous des dommages cachés causés à l'environnement et à la santé publique ?Voir aussi
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