Une étude conjointe du King’s College London et de l’Université Xi’an Jiaotong affirme qu’à l’horizon 2050, des panneaux solaires installés en orbite terrestre pourraient fournir jusqu’à 80 % des besoins en énergies renouvelables de l’Europe. Cette projection a de quoi séduire : une énergie inépuisable, disponible 24 heures sur 24, indépendante des aléas climatiques et des cycles jour/nuit. Mais derrière cette promesse futuriste se cache un ensemble de défis colossaux, technologiques, économiques, politiques et même sociétaux. L’idée de capter l’énergie solaire depuis l’espace n’est pas nouvelle : elle a été imaginée dès 1968 par Peter Glaser, ingénieur de la NASA. Aujourd’hui, elle ressurgit avec force dans le contexte de la transition énergétique et du pacte vert européen, mais reste confrontée à des obstacles immenses.Une étude a estimé que les panneaux solaires spatiaux pourraient réduire de 80 % les besoins en énergie renouvelable terrestre de l'Europe d'ici 2050. À l'aide d'un modèle informatique détaillé du futur réseau électrique du continent, les chercheurs ont découvert qu'un système de panneaux spatiaux conçu par la NASA pourrait réduire le coût de l'ensemble du système électrique européen de près de 15 %. Il pourrait également réduire l'utilisation des batteries de plus des deux tiers.
Cette étude, menée par des chercheurs du King's College de Londres, est la première à évaluer l'impact potentiel de l'énergie solaire spatiale sur l'Europe. Les panneaux solaires spatiaux (SBSP pour Space-based solar power) qui ont donné ces résultats positifs utilisent une conception héliostatique. Cette conception, que le système imite, utilise des réflecteurs en forme de miroir pour collecter la lumière du soleil en orbite. La lumière du soleil est ensuite transmise à des stations sur Terre et convertie en électricité avant d'être acheminée vers un réseau électrique.
Le modèle informatique du réseau électrique du continent couvre 33 pays et simule la demande, la production et le stockage d'électricité afin d'identifier l'option la moins coûteuse pour répondre aux besoins en électricité de l'Europe.
L’argumentaire des partisans : une solution miracle aux limites du renouvelable terrestre
Une énergie quasi continue
Contrairement aux éoliennes et aux panneaux solaires terrestres, dépendants du vent et de la météo, les panneaux spatiaux bénéficient d’une exposition permanente au rayonnement solaire en orbite géostationnaire. L’électricité produite serait ensuite transférée vers la Terre via un faisceau micro-ondes dirigé vers des stations de réception au sol.
Des économies potentielles considérables
Selon la modélisation des chercheurs, un tel système permettrait de réduire :
- de plus de deux tiers les besoins en batteries et solutions de stockage,
- d’environ 35,9 milliards d’euros par an les coûts du système énergétique européen,
- et de 7 à 15 % les dépenses globales liées aux infrastructures de production et de distribution.
Un complément idéal pour le mix énergétique
Si cette technologie atteignait la maturité industrielle, elle permettrait d’assurer la stabilité du réseau électrique européen sans dépendre d’énormes parcs éoliens ou solaires, qui posent des problèmes d’occupation foncière et d’acceptabilité locale.
Les défis : de la théorie à la réalité
Lorsque les chercheurs ont intégré le concept SBSP dans le modèle basé sur les prévisions de la NASA concernant son potentiel énergétique, les résultats ont montré qu'il pourrait remplacer jusqu'à 80 % des énergies renouvelables terrestres en Europe.
Les chercheurs soulignent que les énergies renouvelables terrestres sont irrégulières et dépendantes des conditions météorologiques, ce qui complique leur approvisionnement fiable, et que leur coût varie. Les SBSP pourraient constituer une ressource énergétique centralisée alternative fonctionnant au-dessus de l'atmosphère avec une puissance continue de l'ordre du gigawatt.
Les auteurs notent que la modélisation ne tient pas compte des impacts potentiels liés aux défis spécifiques à l'espace, tels que la congestion orbitale, les interruptions de transmission ou la variabilité du faisceau, qui pourraient influencer la fiabilité et les performances opérationnelles des SBSP.
De plus, la rentabilité potentielle des SBSP ne pourrait être réalisée avant 2050, car leur construction, leur lancement et leur maintenance seraient trop coûteux, à moins que les progrès technologiques ne réduisent leurs coûts.
Si la promesse est alléchante, les obstacles techniques, économiques et environnementaux sont de taille :
Coût et échelle : La construction et le déploiement de méga-structures en orbite géostationnaire (à 36 000 km d'altitude) sont des défis d'ingénierie colossaux. Les premières estimations des années 70 chiffraient le coût à des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars. Bien que les coûts de lancement aient baissé, la fabrication et l'assemblage de structures gigantesques (potentiellement de plusieurs kilomètres de long) restent des investissements pharaoniques.
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L'énergie solaire spatiale est-elle une meilleure option que d'autres formes de production d'énergie renouvelable, comme la fusion nucléaire ?